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Le lait: une réflexion s’impose !

Yan TURMINE, agr. ,

Yan Turmine

En 2016 je faisais partie d’un collectif qui a écrit un livre intitulé « Une crise agricole au Québec, vers la fin des fermes laitières traditionnelles? ». Ce livre se voulait une réflexion sur l’avenir de la production laitière au Québec face aux menaces contre le système de la gestion de l’offre. Quatre ans plus tard, ce livre est malheureusement encore d’actualité, la crise des ingrédients laitiers s’est déplacée vers les transformateurs, et l’utilisation des quotas d’importation de fromage menace le système. Notre système de gestion de l’offre souffre, une fissure est colmatée, aussitôt d’autres apparaissent.

Le risque d’affaiblissement est là pour tous!

À écouter les actualités, les bonnes années financières semblent être chose du passé pour nos transformateurs laitiers. Cela est-il dû à une frontière plus hermétique aux ingrédients laitiers ou à une guerre entre grands distributeurs et transformateurs suite à la généreuse distribution des quotas d’importation aux distributeurs? Peut-être un mélange des deux. Même si certains étaient tentés de dire avec raison que les transformateurs méritent bien ce qui leur arrive, étant donné qu’ils ont bien profité du système en jouant pendant des années avec les ingrédients laitiers, il n'en reste pas moins que lorsqu’une partie de la filière est affaiblie, le risque d'affaiblissement est là pour tous. Rappelons-nous que le système de la gestion de l’offre est un modèle qui répartit entre les acteurs d’une chaine d’approvisionnement la plus-value que génère cette même chaine, afin d’amener de la stabilité et du développement économique (au sens large du terme).

La gestion de l’offre : un avenir incertain !

N’est-il pas le temps d’amorcer une réflexion sur notre système de gestion de l’offre, car à voir les fissures, son avenir est plus qu’incertain. Il serait cependant dommage que cette incertitude occulte la nécessité ou les bienfaits qu’un tel système peut amener à une économie. Les défis pour l’industrie laitière sont grands, certains sont positifs comme l’augmentation de la consommation mondiale de produits laitiers, ou encore que la production de lait et de protéine animale dans un système fourrager soit de plus en plus perçue comme une solution positive et durable pour le climat (un concept ignoré par les religieux végans).

Du côté des défis un peu plus négatifs : comment gérer sans tout briser les accords internationaux qui ouvrent nos marchés au surplus internationaux et au dumping ?

Que va-t-on faire des protéines laitières et autres produits issus du génie génétique, grâce à l’édition génétique (CRISPR-cas9) l’on peut aujourd’hui faire produire de façon industrielle des levures de la protéine laitière identique à celle du lait.          

Il faudra améliorer le système de gestion de l’offre!

Est-ce que notre système de gestion de l’offre actuel peut affronter ces défis ? Je ne le pense pas. Les crises à répétition dans le système en sont un bon exemple. Le libre marché n’est pas non plus une solution, il conduirait à une crise économique majeure dans les régions. Une réflexion en profondeur s’impose pour améliorer notre système de gestion de l’offre.

Toutes les initiatives dans ce sens sont les bienvenues, l’institut Jean-Garon vient de lancer une réflexion sur l’avenir de la production et sur l’industrie laitière. L’institut veut rencontrer et discuter avec différents acteurs, afin qu’ils donnent leur opinion et leur vision des choses. Cela permettra à l’institut de proposer des solutions. Espérons que cette contribution aussi minime est-elle, contribuera avec d’autres, à nous bâtir un bel avenir.

Pour finir, voici la réflexion que l’institut Jean-Garon adresse dans sa tournée actuelle de rencontres avec les producteurs laitiers :

  • Quels seront les modèles qui s’imposeront dans l’avenir?

Ses modèles nécessitent-ils une intervention de l’État, une gestion de l’offre?

  • Quel modèle agricole serait-il souhaitable d’avoir ?

Ses modèles souhaitables nécessitent-ils une intervention de l’État, une gestion de l’offre?